L'Allier est la dernière rivière sauvage d'Europe. Pas de barrage, pas de canal, pas d'écluse. Juste une rivière qui coule librement, qui divague à travers la plaine, qui dépose ses bancs de sable au gré des crues. Nous l'avons descendue sur 68 km, en 3 jours, avec deux nuits en bivouac.
Jour 1 : de Moulins à Château-sur-Allier
Départ à 9h de Moulins avec un canoë chargé à bloc : tente, duvets, réchaud, nourriture pour 3 jours. Le courant est lent (2-3 km/h), il faut pagayer. Nous avançons tranquillement, en prenant notre temps.
L'Allier est large (100 à 150 mètres), peu profonde (50 cm à 1 mètre), et parsemée de bancs de sable qui émergent au milieu du courant. La rivière se divise en multiples bras, se reforme, repart. Il faut anticiper, choisir le bon chenal, éviter les hauts-fonds.
Après 22 km, nous trouvons un banc de sable parfait pour bivouaquer. Isolé, en plein milieu de la rivière, accessible uniquement par l'eau. Nous montons la tente, allumons le réchaud, cuisinons des pâtes. Le soleil descend lentement. Un martin-pêcheur passe en flèche. Ma fille construit un château de sable.
« C'est quoi ce bruit ? »
« C'est la rivière. Elle coule. »
« Elle dort jamais ? »
« Non. Jamais. »
Jour 2 : de Château-sur-Allier à Apremont
Réveil avec le soleil. Le brouillard flotte sur l'eau. Nous replions le camp, petit-déjeuner rapide, et repartons. 24 km aujourd'hui.
Le paysage est hypnotique. Les mêmes courbes, les mêmes méandres, les mêmes bancs de sable qui défilent. On perd la notion du temps. On pagaie machinalement. On observe les oiseaux : hérons, aigrettes, cormorans, sternes. On croise parfois un pêcheur, mais c'est rare. On est seuls.
Deuxième bivouac sur un nouveau banc de sable. Cette fois, nous faisons un feu (autorisé sur les bancs). Ma fille ramasse du bois flotté pendant que je monte la tente. Nous cuisinons du riz et du thon en boîte. Rien de gastronomique, mais après une journée de pagaie, c'est un festin.
Jour 3 : jusqu'à Decize
Dernière étape. 22 km. Nous sommes fatigués, les épaules chauffent, mais nous avançons bien. La rivière s'élargit encore. Nous croisons enfin quelques bateaux, signe que nous approchons de Decize.
Arrivée en fin d'après-midi. Nous rendons le canoë, montons dans la voiture, et prenons la route du retour. Ma fille s'endort en 5 minutes, bercée par le ronronnement du moteur.
Conseils pratiques
- Niveau : Intermédiaire. Autonomie en bivouac requise.
- Matériel : Canoë stable (Canadian), tente légère, duvet, réchaud, nourriture déshydratée.
- Bivouac : Autorisé uniquement sur les bancs de sable en pleine rivière. Feu autorisé. Laisser aucune trace.
- Eau potable : Prévoir des pastilles de purification ou un filtre. L'eau de l'Allier n'est pas potable telle quelle.
- Quand partir : Mai-juin ou septembre. Éviter juillet-août (trop bas) et l'hiver (trop froid).
Le mot de la fin
L'Allier, c'est l'aventure douce. Pas de cascades, pas d'adrénaline, juste le temps qui s'étire, la rivière qui serpente, le sable sous les pieds, le feu de camp, le ciel étoilé. C'est un voyage hors du temps, une parenthèse dans nos vies trop pleines.