L'Ardèche. 32 kilomètres de gorges calcaires, d'eau turquoise et de rapides techniques. C'est l'une des plus belles descentes de France, et nous avions décidé de la faire en paddle — un défi bien différent du classique canoë.

Le départ : Vallon-Pont-d'Arc

Nous partons tôt le matin pour éviter la foule estivale. Le parking est déjà bien rempli, mais nous trouvons une place. Les paddles gonflables sont sortis des sacs, les pompes électriques ronronnent. En 10 minutes, nous sommes prêts.

Ma fille, 7 ans, est excitée. C'est sa première grande descente. Elle sera sur un paddle double avec moi pour les passages techniques, mais aura son propre petit paddle gonflable pour les sections calmes.

« Papa, on verra des poissons ? »
« Oui. Et peut-être des hérons, des castors, et plein d'autres choses. »

Le Pont d'Arc — première émotion

Et puis il apparaît. Le Pont d'Arc. Cette arche naturelle de 54 mètres de haut, sculptée par la rivière au fil des millénaires. Nous passons dessous en silence, levant les yeux vers cette cathédrale de pierre.

L'eau est fraîche (19°C), claire, et le courant nous emporte gentiment. Les premiers rapides approchent. Rien de technique — des Classe I — mais suffisant pour réveiller l'adrénaline.

Les rapides de Charlemagne

Après 8 km, le débit se resserre. Les rapides de Charlemagne. Classe II-III selon le niveau d'eau. Ce jour-là, avec un débit moyen, c'est du II+ bien marqué.

Ma fille est passée sur ma board. Je la positionne à genoux devant moi, bien calée. « Tu te cramponnes, d'accord ? » Elle hoche la tête, concentrée.

Le bruit de l'eau qui accélère. Les rochers qui défilent. Une série de vagues courtes, puissantes. Le paddle plonge, remonte, tangue. Je compense en déplaçant mon poids, en plantant la pagaie à droite, à gauche, vite, précis.

Et puis le calme revient. Ma fille se retourne vers moi, les yeux brillants :
« Papa ! On refait ? »

Bivouac sauvage sur la plage

Après 18 km, nous trouvons une petite plage de galets, isolée, parfaite pour bivouaquer. Le soleil commence à décliner. Nous montons la tente, sortons les duvets, préparons le dîner sur le réchaud.

Le soir tombe. Les falaises prennent des teintes orangées. Un héron passe en silence au-dessus de l'eau. Ma fille s'endort rapidement, bercée par le bruit du courant.

Je reste dehors encore une heure, allongé sur les galets tièdes, à regarder les étoiles apparaître une à une. Pas de lumière artificielle à des kilomètres à la ronde. Juste la rivière, la nuit, et cette sensation d'être exactement là où il faut.

Jour 2 : jusqu'à Sauze

Le lendemain matin, réveil avec le soleil. Un thé chaud, des tartines, et nous repartons. 14 km nous séparent encore de l'arrivée à Sauze.

Les gorges se resserrent encore. Les falaises atteignent 300 mètres de haut par endroits. On se sent minuscule, fragile, et c'est exactement ce qui est beau.

Les derniers rapides — les rapides de la Fève — sont les plus techniques. Classe II-III bien marqué. Nous passons en reconnaissant la ligne d'abord depuis la rive, puis nous nous lançons.

Cette fois, ma fille veut rester debout derrière moi. Je la laisse faire. Elle se cramponne à mon gilet, jambes fléchies, et nous passons les vagues ensemble. Elle ne tombe pas. Elle crie de joie.

Conseils pratiques

Le mot de la fin

32 km, 2 jours, des rapides, des baignades, des nuits sous les étoiles. L'Ardèche en paddle, c'est une aventure qui te rappelle que la France regorge de pépites. Pas besoin d'aller au bout du monde. Juste besoin de pagayer, d'écouter la rivière, et de laisser le courant te porter.

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